
(Conversation de femme Brigitte Stienne)
Je suis devenue femme
un jour de regard bleu
un soir de bord de mer
pour un sourire offert
et puis
un autre jour
la grande aventure m'a saisie
accueillir en soi la vie
un trésor à naître
unique moment
où l'on se sent presque l'égal des dieux
j'ai enfanté en de beaux étés
et puis les années ont passé
en des jours répétés
en une vie chloroformée
j'ai végété et perdu l'amour
pour les enfants j'ai attendu
accepté les habitudes et tout le reste
avec l'espoir qu'il changerait
un jour
un jour
un autre jour
une révolte millénaire a tout secoué
une fronde de consciences espérées
j'ai repris mes habits de femme courage
et osé relancer mon destin
un jour
oui un jour
une dynamique époussetée m'a envahie
un jour
telle une révélation
je suis devenue femme solaire
las de mes déserts
de mes matins hésitants
je colporte ma quête d'épaule nue
j'apprivoise l'irascible
d'un châle de tendresse
pour une terre ronde de bonheurs
j'enlace les cimes duveteuses
je dilapide mes mystères
loin de vos certitudes escomptées
d'un doigt de rire
j'évite l'ennui
je reconstruis ma vie
je découvre les rugosités d'hommes
aux nostalgies escarpées de silences
aux reliefs de coeurs jachères
qu'un baiser fait vibrer
je suis une femme
une souplesse d'adagio
un pas de tango
féline par nature
tout en démesure
je vis
pas de façon ordinaire
pas à l'étouffée
je me jette dans mes jours
et nargue mon destin
j'erre et je divague
je m'oublie puis me retrouve
tantôt femme caméléon
tantôt femme métaphore
tantôt femme mosaïque
j'élance ma vie
je tisse mes courbes
d'une main blanche
d'une main de feu
loin de tout
loin de vous
je m'enivre de loisirs
et je ris
et je jouis
les hommes m'écrivent
étonnés
attirés
par tant de vie
par tant de défi
mais ils ne comprennent rien
rêvent d'habitudes partagées
alors que je ne veux que le voyage
je ne veux que ma liberté
en user
en abuser
jusqu'à renaître
peut-être
un soir d'été
ne vous en déplaise
j'enfante d'hypothétiques destinées
riche de mes frénésies bourgeonnantes
je savoure mes polyphonies déployées
en nuits câlines sans rideaux
en caresses arabesques
en glissements de lèvres frissonnés
aux joutes solaires quand vous êtes en moi
je réinvente ma vie
ne vous en déplaise
à lire vos dédales de rencontres
à rire de mes expériences
je vais en un défi de femme
j'aime le beau reconduit
les silences ébahis
et tout ce qui séduit
je me sens femme monde
belle d'espoirs
j'écoute les musiques de tous ces peuples
et je rejoins les femmes de toujours
Pascal Colon