
(Suspensions de Kazuya AKIMOTO)
Vos visages et vos rires
Eclaboussaient mes silences
Pour mon plus grand plaisir d’abord
Pour mon humble mal-être ensuite
Bercé par vos mots
lancés comme des défis
ou décrochés comme des flèches
fières de vos frondes
vous étiez pour un soir
dans vos révolutionnaires féminités
parées de vos croisades cycliques
pour trouver l’homme
le vrai, le beau, le tendre, le bavard, l’intelligent
celui inventé rien que pour vous
celui que vous espériez
celui que vous attendiez
Au travers de mes silences
j'ai perçu vos espoirs, vos doutes, vos révoltes
Vos regards tantôts rieurs, tantôts perdus
Racontaient tous ces jours où vous aviez cru à ce couple
A cette complicité étalée dans ces vertes années
A ces restes de jours où l’on pense la tendresse inépuisable
Puis j’ai perçu vos manques, vos lassitudes
vos souffrances, vos vides
je vous ai vu chercher vos routes
affronter vos nuits
affronter la vie
et crier parfois : quelle chienne de vie !
comment vivre peut-être si dur ?
J’ai entendu combien la traversée de vos heures
relevait souvent de l’exploit
dont aucune télé ne parle
dont aucun film ne sera jamais fait
Sur vos visages
j’ai vu vos saisons
écorchées ou esseulées
fatiguées de cette litanie d’ennuis
et creusées par l’errance de vos vides
Mais j’ai vu aussi vos phares d’espérance
qui s’allument dans vos nuits
quand elles sont trop froides ou trop longues
J’ai vu dans vos visages et dans vos rires
ces bouées lancées dans vos cœurs
dans vos matins rêveurs
près de l’âtre, loin du jeu
dans ces flammes, dans ces je
guettant la main de l’internaute
la voix ou le regard du promeneur d’un soir
Vos visages et vos rires
Réchauffés se sont mis alors, pour un soir
A créer un peu d’humanité
Dans ce coin de vie, dans ce coin de rien
Vous éclaboussiez mes silences
mélange de plaisir et d’éphémère
hors du temps, hors de nous
où l’un perçoit, l’autre se dit
l’un questionne, l’autre se retire
l’un raconte, tous espèrent.
Pascal COLON