(A l'aube du monde)
Encore un matin d’ancien renouveau.Une palette aux couleurs diluées, affadies, noyées.
L’avancée immuable vers un piétinement qui « lancine » pour n’aboutir qu’au grattement paresseux du même ancien prurit.
Je m’accompagne, m’épingle et m’observe en entomologiste de base.
Mon anthropomorphisme m’isole et fait naître sur mes lèvres ce pâle sourire de condescendante commisération qui se noie de moi à moi.
Evoluer au gré des courants de cette journée à clore me navre et exacerbe la vaine fatuité de mes bonnes volontés ; mon plus grand projet à court terme étant d’habiller ces heures qui me mèneront au prochain « petit noir ».
Les visages qui m’entourent se veulent indociles et frondeurs.Mais je sais les fêlures de l’âme qui s’érigent en vainqueur derrière ces masques de parade.
Chacun décore sa sphère des miettes véhiculées au hasard des vents de vie, lorsqu’ils tourbillonnent et s’abandonnent au pèlerin extatique.
Hier, à des années-lumière, pulsait en moi l’indocile et le frondeur.
Qu’ai-je fait de ce don de vie à naître et renaître ?
De cette impatience de couleurs à bouffer l’arc en ciel ?
Que reste il de des rondeurs à modeler du calice de la main aux doigts dénoués ?
J’ai beau fouiner, me « brocanter », je ne me retrouve pas au cœur de l’hétéroclite dans lequel je me fonds.
Les ailes saillantes et démesurées de mes frères humains me renvoient à l’étroitesse de mes serrures sans clef.
Les roulements de tambour de ceux qui savent m’écrasent de perplexe hébétude.
Leurs péremptoires déclamations sanctionnent mes silences de glaise.
Ils dodelinent de la tête en gigotant leurs yeux noyés au creux d’orbites désajustées.
Leurs gélatineuses sentences me compostent et valident ma défection.
En recherche de conformité et de salvatrice intégration,ils m’encouragent à rejoindre leurs rangs.Car là est le Salut.
« Homme ! Offre moi ton hermétisme et ta gestuelle brisée !
Je t’accompagnerais jusque dans tes soupentes et l’indicible de nos mutuels chagrins se reposera à l’écart des lois sans foi.
Nos lassitudes acceptées frémiront d’aise car en nous reconnues.
Loin des formatages de performances.
Loin des recommandations « zircon façon diamant ».
Au-delà des fétides exhalaisons de la bonne humeur générale.
Par –delà les rognures de crêtes carminées, quand les colifichets de l’absurde font pâlir les lucioles.
Homme ! Je t’offre mon si peu car je ne suis rien de plus qu’un rouage érodé au service du mécanisme fou du mouvement perpétuel,du chaudron de l’Universel ».
Et les liqueurs blafardes et vacillantes de l’Aube du Monde laissent place au grand jour qui m’effraie.
25/05/2006 - Danielle GAUTHRON